Le Boléro est né à Santiago de Cuba pendant la
2ème moitié du 19ème siècle.
Héritier de la chanson d’ascendance hispanique, teinté
d’airs d’opéra, influencé par les romances
françaises et les chansons napolitaines, le boléro est
un des genres musicaux les plus répandus en Amérique latine.
Il possède
des liens très étroits avec la Danza y La Habanera au
niveau de la structure rythmique. Les textes et paroles mêlent
la nostalgie, le charme des femmes et les amours contrariées.
El maestro
José Pepe Sánchez est considéré comme un
des pionniers du genre. Originaire de Santiago de Cuba, il était
un remarquable guitariste et compositeur, créateur de structures
rythmiques et de mélodies de grande qualité.
Grâce
à sa diversité et à sa mobilité dans ses
formes musicales comme dans l’aspect lyrique, et par sa capacité
à se fusionner avec d’autres rythmes dansants, le boléro
s’est transformé petit à petit et a dépassé
toutes les frontières. Il constitue actuellement un patrimoine
culturel de tous les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes.
Avec le
boléro surgit un nouveau style d’accompagnement et une
nouvelle façon d’intégrer la guitare à la
mélodie et à l’interprétation des chansons
populaires. Son contact avec les Sones Yucatecos, grâce au trafic
des diasporas latino-américaines entre le Mexique et les ports
du sud de Cuba, a été un facteur important dans l’évolution
del Rayado rythmique, cette façon particulière de frotter
les cordes qui apporte de nouvelles tonalités et une identité
unique : Bolereando.
Devenu avec
les temps modernes une culture urbaine de masse, le boléro mélange
un certain matérialisme avec un débordement de passion
et de sentimentalisme dans une époque où l’expression
de l’intimité est étouffée par l’accélération
de la vie quotidienne. Il est vite adopté par les couches les
plus populaires, le bas-fond, la canaille, le malandro, les déshérités
et les marginaux…
Sa versatilité et ses multiples possibilités à
se fusionner font naître des variantes qui vont faire accroître
sa popularité dans les Barriadas des grandes villes et dans les
salles de bar de villages ruraux de tout le continent : DANZON BOLERO,
BOLERO SON, BOLERO CHA, BOLERO CAPRICHO, BOLERO RANCHERO, BOLERO MORUNO,
BOLERO APACHE, BOLERO TANGO, BOLERO SALSA…
Malgré
cette identification avec les secteurs les plus populaires, nous ne
pouvons pas délimiter son acceptation, car le phénomène
culturel du boléro dépasse les divisions sociales, par
sa capacité à exprimer «des marginalismes sentimentaux»
qui collent parfaitement à l’ensemble des groupes ethniques
d’un continent aussi hétérogène que l’Amérique
Latine.
Toute une
«Industrie de la Nostalgie» est apparue avec les changements
et les nouveaux rangements sociaux et culturels dans les sociétés
modernes. Des valeurs liées à la solidarité et
à l’amitié face aux difficultés mondaines
des métropoles et au rythme de travail de l’industrie contemporaine,
naissent autour d’un Boléro : il déclenche de véritables
moments de récréation et de retrouvailles. Actes de rattrapage
et de partage des racines et des mémoires collectives, des instants
d’évocation et d’émotion.
Mélange
de tradition et de modernité, coutume dynamique et familiale
de s’adonner activement à l’acte d’écouter,
de plonger dans l’atmosphère provoquée par l’univers
sonore de l’Inspiration : mélodies, susurrements et gémissements,
tendresses vocales et romances passionnelles. «Lien bohémien»
entre générations à travers une oralité
contemporaine transmise de père en fils grâce aux «plaisirs
de la nostalgie», génératrice d’espaces culturels
consacrés à l’écoute du passé.
Redonner
une signification au passé en recréant des moments d’émotion
et d’élévation, une léthargie mystique, une
transgression émotionnelle, un chant contestataire, la clameur
populaire dans la jungle urbaine, théâtre des traditions
où les souvenirs commandent, territoire adapté aux fluides
identitaires...
Ernesto Concha
info@salsapaca.com
Bibliographie :
Vanessa Knights:
El bolero : expresión de la modernidad latinoamericana
Argeliers León : Del canto y el tiempo (Cuba: Editorial Letras
Cubanas, 1984)
Olavo Alén Rodriguez: « El Bolero Cubano » (Centro
de investigación y desarrollo de la música cubana)
Cristobal Díaz Ayala : « Del Areíto a la Nueva Trova:
historia de la música popular cubana » 1981
Helio Orovio : « El bolero latino » Letras Cubanas, La Habana
1995
Angel Quintero Rivera : « Salsa, sabor y control : Sociología
de la música popular » 1998
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