festivals salsa 2006

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Jurassic Dax
FESTIVAL 2004

Les Inclémences du Temps
La météo nous avait fait une des ces peur… Les prévisions annonçaient un temps instable, des averses, du vent, de la grisaille, et j’imaginais le parc des arènes de Dax transformé en fleuve de boue, les corridas annulées, les concerts vides… En plus à Caracas, «Los Générales de la Salsa», attendaient qu’Iván l’Ouragan leur donne la permission de prendre l’avion pour rejoindre l’hexagone. La panique nous donnait des sueurs froides, l’idée de voir la Fiesta Brava transformée en déluge et catastrophe m’effrayait. François Charpentier cherchait un groupe pour combler le trou que le temps inclément nous avait creusé sans pitié… On va s’en sortir, on va s’en sortir, disait « le patron » trois jours avant l’ouverture du festival. Si le fleuve débordait ? Si la Fontaine Chaude gelait ?



Vendredi 10 Septembre, 17h58
Je suis arrivé à la gare de Dax après 9 heures de train, j’avais lu un livre, écouté 10 disques, somnolé par intermittence des instants éphémères qui me semblaient des siècles. La météo avait raison, les grêlons et la tempête frappent Dax la veille du festival, le jeudi 9 septembre, ouf ! Merci Dios del Trueno, Gracias Changó.

Marseille était loin, la garrigue et les calanques étaient restées derrière, ancrées dans les souvenirs d’un été moribond. Je me trouvais dans les Landes, au sud-ouest, à 35 kilomètres de l’océan et à 100 des Pyrénées, dans la première ville thermale de France, le dépaysement était total, en attendant la descarga pour retrouver des repères…

Dax, étrange mélange des malices de la Gascogne et des paganismes ibériques, avec en bonus : Salsa dura traída directamente de la fuente. ¡AGUA!

Sur le site tout était prêt, las Casetas y las Peñas accueillent les amoureux des fêtes et des nuits d’ivresse, des aficionados à la feria taurine et toute sortes d’adeptes à la célébration de la vie par le biais des émotions transformées en cris, chants, rigolades, danse, extase…

Jimmy Sabater, José Manguel y el Son Boricua réglaient le son et ça sonnait déjà net, carré, sublime. Putaing ! Con ! Qué cosas Tiene la Vida, Caballero, me disais-je en patois marseillo-castillan. Jimmy Sabater était là avec la même tête, l’homme de «A las seis», «Salsa y Bembé», «To Be With You», le partenaire de Cheo Feliciano dans le sexteto de Joe Cuba, el de las «Salchichas con huevo» (Si te encuentras con un pollo, que su encanto es papiar, dale salchicha con huevo, para ponerlo a gozar), avec la griffe de sa voix unique. Il avait côtoyé Cal Tjader, Tito Puente, Joe Cuba, Willie Bobo… Je frissonnais et mon cœur jubilait, des émotions lointaines qui remontaient entre les fils invisibles du passé et les imprévisibles moments de la vie.

Boozaba Zoo Descarga
Les dieux étaient avec les « monstres » pour les protéger et leur permettre de revivre des gloires passées. Après l’intense émotion vécue aux arènes de Vic Fezensac avec Big-Cachao pendant le onzième Tempo Latino, l’adrénaline était redescendue à son niveau normal, à sa position de repos…

Vendredi 10 septembre 2004, 20 heures
Le Park, entouré des « écuries à fêtards », ces Casetas colorées de rouges divers, foulards des aficionados al toro con sangría en la cabeza y sangre de toro en las venas. On se désaltère, on grignote, et les œufs du Jurassique Dax explosaient pour ouvrir les chemins –Elegguá, Elegguá. La température grimpait comme la fièvre des tropiques indomptables, menés à la baguette par Jimmy Sabater, José Mangual Jr et le pianiste Hirám de Jesús, Son Boricua démarre avec le mélodieux "Volare" qui retentit avec sobriété et couleur dans les cieux dacquois. Jimmy nous offrait un répertoire digne de ses 300 millions d’années de carrière. Avec « Campanero », José Mangual Jr. sortira pour les annales un superbe solo de campana et une voix limpide de vrai Sonero, talent inné de «Brontoricuanosaurio». Là, j’ai compris que les dieux étaient là pour faire renaître les dinosaures et réveiller les monstruosités passées mais jamais oubliées.

Venus d’Ailleurs
Mais «l’arrivage» de monstres ne faisait que commencer, l’ADN s’était répandue dans le Park et des personnages sorties de la nuit du temps apparaissent derrière chaque arbre. Nous, pauvres mortels, fragilisés et déjà fatigués par le stress de « notre petite vie moderne », nous étions là, bouche bée, en remerciant la vie qui nous donnait ces moments d’émotion sans égal et sans prix. Guayacán de Buscasalsa.com et sa pertinence, Dejavu de Salsafuriosa et sa discrétion, Octavio de Salsarumba et ses moustaches légendaires, El Cuco de la Salsa y su tumbao, Roberto de Radio Latina et son éternel sourire, Enrique de Radio France International et ses barbes argentées de sagesse, Yannis le Porto-parigaud de Libé, Benoît et Etienne les mordus, les enragés de Salsa Dura, et tous les autres amoureux de cette salsa pleine de générosité et d’émotion, qui nous fait défaut pendant les longues nuits d’hiver…On était comme des minots devant Papa Noël, sublimés par la générosité qui se dégageait Del Parque Jurásico de Dax y sus Monstruos Sagrados.

Generoso que bueno toca usted…


Malgré l’absence de “Los Generales de la Salsa”, de la tonique musique vénézuélienne, et en dépit de ne pas savourer las moñas de César «Albóndiga» Monge au trombone et le timbre de Wladimir Lozano, «Los Generales» furent remplacés par la Générosité Général de colombiens de « La Colombia All Stars » –anciens musiciens du Grupo Niche y de l’Orquesta Guayacán venus de Madrid pour assurer la place des damnés d’Iván le Terrible, l’ouragan maudit des Caraïbes.
Du coup j’ai vu arrivé un troupeau de «Ricanosaurios» encadrés par l’élégant Angel «Cachete» Maldonado, Eric Figueroa, «Guagua» Rivera, Anthony Carrillo, Endel Dueño, Giovanni Hidalgo, et arrête toi ! Putaing de C ! Chacun est une légende vivante, chacun avait le sourire, l’envie, le besoin de revivre des moments que uniquement l’art est capable de proposer dans son rôle de célébrant du monde, pour rendre hommage à l’amour, au droit de respirer l’air et de caresser une fleur… Mes poils se dressaient vers les nuages passagers quand Batacumbele envahit le Park et lâchait ses bêtes sorties de je ne sais quelle galaxie. Giovanni «Mañengue» Hidalgo, El Rey de las Congas, répondait aux caresses d’Eric Figueroa au piano ; la Polritmia Afroantillana montait au zénith du paroxysme et l’état de grâce divine tombait sur Dax… Le public « scotché » se délectait avec les délices mélodiques et les harmonies qui jaillissaient de la scène et le déhanchement venait tout seul, pas besoin de compter, de compas, de normes… Du coup la musique se libérait des étiquettes réductrices, se détachaient des appellations et des surnoms, ce n’était plus de La Salsa, ni du Latin-Jazz, pas d’Afro Sais-Pas ni de Sais-Pas Quoi. On écoutait simplement de La Musique jouée pour se faire plaisir et partager avec le public qui répondait aux appels de ces Messieurs, si grands, si doués, si simples, si généreux. Tout Simplement….

Otro Gran Día en el Parque
Samedi 11 Septembre
Les émotions s’entassaient sans cesse, des musiciens disponibles et aimables, les conférences de presse et les interviews au majestueux Hôtel Splendid , étaient un plaisir, comme les rencontres au restaurant du «personnel», le Loustalot, où Francine nous régalait avec potage en entrée et répartie sans gêne à toute heure. Un oasis où se développaient chaque jour les rigolades, les accolades, les liens et les rencontres entre l’équipe organisatrice, la presse, les artistes, les invités et toute la famille de la Salsa à la sauce dacquoise.

Una Noche en el Barrio
L’ivresse ne nous quittait pas, on était grièvement atteints, très malades, piqués par le virus de la salsa jusqu’à la moelle… Le soir après une demie sieste, quelques bières et demie et une paella entière, nous rentrons au Park du Jurassien Supérieur avec la bonne fatigue des bons jours, avec les intentions de recommencer le rituel et de savourer notre séjour avec les cernes fanés, mais avec le sourire radieux. Les minots des «Adolescents», venus à la rescousse sauver la première partie font de leur mieux, mais la barre avait été placée haut, très haut par les aînés et les maîtres. Sabater et Mangual remettent les pendules à l’heure, avant de se joindre à Los Soneros del Barrio, menés par Ricky González au piano et par le puissant chanteur Frankie Vasquez, el Sonerito del Alma. Encore une fois la buena salsa, saborsa y consistente remplit les âmes avides et otra noche más termina con los corazones inflados de felicidad y tranquilidad. Frankie Vasquez confirme une fois de plus son statut de grand Sonero et nous offre le meilleur de son répertoire : «Hay Craneo», «Trucutú», «Con los pobres», «Mango, piña y marañón», etc.

Todo tiene su final
Dimanche 12 Septembre, 11 h 00
Pilote automatique, radar anti-poteaux, lunettes de soleil… Je profite pour faire une balade aux alentours et prendre un bol d’air, avant la clôture. Déjeuner, sieste, douche, rencontres, photos, re-sieste, re-douche…

Dimanche 12 Septembre, 17 h 30
Avec Octavio nous allons à la corrida du jour, un mano à mano entre deux grandes figures de la tauromachie. Les arènes superbes, les dacquoises en habit du dimanche ne déméritaient pas, le soleil était présent, las cuadrillas de los matadores prêtes pour la faena, mais les taureaux accusaient des faiblesses qui ne pardonnent pas, et la fiesta brava tourne en compote, insipide et sans peps… Pitos, Insultos y Caras Largas.

Del Yarey Pal’ Mundo Entero !
Dimanche 12 septembre, 19 h 30
En sortant des arènes El Septeto Santiaguero démarrait sa prestation avec la prestance des musiciens de cette région légendaire, berceau du Changüi et du Son, terre de trovadores et de métissages séculaires. La musique cubaine était présente avec toute sa tradition et toute la beauté de ses compositions, celles qui ont marqué et influencé hommes, tendances et styles. Un retour aux sources pour ne pas oublier que Santiago, Guantánamo, Báyamo, Baracoa, etc, font partie des endroits magiques, ces lieux mythiques où la musique décide un jour de souffler ses caprices pour célébrer la Vie. Gracias Orientales !

Dimanche 12 septembre, 21 h 30
Après la pause et le changement du plateau, c’est presque l’heure de dire au revoir Dax, salut les gars, à l’année prochaine, merci beaucoup, rentrez bien… Mais avant de refaire les valises et de compter les heures qui nous manquent pour retrouver nos quartiers et nos habitudes quotidiennes, un dernier rendez vous avec le Sublime nous attendait… Et cette cerise sur le gâteau n’était pas des moindres, une fois de plus et dans un registre plus « salsero » –si je peux me permettre, Batacumbele nous offre un concert exceptionnel, sortie des tripes et du cœur de chacun des ses membres, désireux de remercier l’accueil et la générosité de François Charpentier et son équipe, et de saluer un public venu nombreux et réceptif à se « gaver » de bonne musique et à communier avec le langage universel que véhicule l’Art, et dans notre cas, la Música Afro-antillana.


Batacumbele

Lundi 13 septembre, Midi 38
J’embarquait dans le TGV qui m’amène de Dax à Bordeaux, avant d’embarqué définitivement pour la Canebière, j’étais comblé, nourri, gonflé à bloc, fier, content, la fatigue des nuits blanches, bières rousses et rhums ambrés, disparaissait comme par magie, j’écoutais avec un sourire d’oreille à oreille, les disques que le Maestro José Mangual Jr m’avait offert pour mes émissions de radio, je faisais de même avec les disques offerts gracieusement par Manny Soba, le manager de Soneros del Barrio. Je suis content de «ma famille» de «ma musique», de ma passion, d’être ensorcelé, captivé, séduit par la richesse de la Polyrythmie et ses Syncopes : El Corazón De Nuestra Sabrosura. Tic, Tac, Tic, Tac…

Gracias Dax pour cette inoubliable et jurassienne session 2004.

Ernesto Concha
Marseille, 15.09.2004
info@salsapaca.com

Toros y Salsa 2005

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