Jurassic Dax
FESTIVAL 2004
Les Inclémences
du Temps
La météo nous avait fait une des ces peur… Les prévisions
annonçaient un temps instable, des averses, du vent, de la grisaille,
et j’imaginais le parc des arènes de Dax transformé
en fleuve de boue, les corridas annulées, les concerts vides…
En plus à Caracas, «Los Générales de la Salsa»,
attendaient qu’Iván l’Ouragan leur donne la permission
de prendre l’avion pour rejoindre l’hexagone. La panique
nous donnait des sueurs froides, l’idée de voir la Fiesta
Brava transformée en déluge et catastrophe m’effrayait.
François Charpentier cherchait un groupe pour combler le trou
que le temps inclément nous avait creusé sans pitié…
On va s’en sortir, on va s’en sortir, disait « le
patron » trois jours avant l’ouverture du festival. Si le
fleuve débordait ? Si la Fontaine Chaude gelait ?

Vendredi 10 Septembre, 17h58
Je suis arrivé à la gare de Dax après 9 heures
de train, j’avais lu un livre, écouté 10 disques,
somnolé par intermittence des instants éphémères
qui me semblaient des siècles. La météo avait raison,
les grêlons et la tempête frappent Dax la veille du festival,
le jeudi 9 septembre, ouf ! Merci Dios del Trueno, Gracias Changó.
Marseille était loin, la garrigue
et les calanques étaient restées derrière, ancrées
dans les souvenirs d’un été moribond. Je me trouvais
dans les Landes, au sud-ouest, à 35 kilomètres de l’océan
et à 100 des Pyrénées, dans la première
ville thermale de France, le dépaysement était total,
en attendant la descarga pour retrouver des repères…
Dax, étrange mélange des
malices de la Gascogne et des paganismes ibériques, avec en bonus
: Salsa dura traída directamente de la fuente. ¡AGUA!
Sur le site tout était prêt,
las Casetas y las Peñas accueillent les amoureux des fêtes
et des nuits d’ivresse, des aficionados à la feria taurine
et toute sortes d’adeptes à la célébration
de la vie par le biais des émotions transformées en cris,
chants, rigolades, danse, extase…

Jimmy Sabater, José Manguel y el
Son Boricua réglaient le son et ça sonnait déjà
net, carré, sublime. Putaing ! Con ! Qué cosas Tiene la
Vida, Caballero, me disais-je en patois marseillo-castillan. Jimmy Sabater
était là avec la même tête, l’homme
de «A las seis», «Salsa y Bembé», «To
Be With You», le partenaire de Cheo Feliciano dans le sexteto
de Joe Cuba, el de las «Salchichas con huevo» (Si te encuentras
con un pollo, que su encanto es papiar, dale salchicha con huevo, para
ponerlo a gozar), avec la griffe de sa voix unique. Il avait côtoyé
Cal Tjader, Tito Puente, Joe Cuba, Willie Bobo… Je frissonnais
et mon cœur jubilait, des émotions lointaines qui remontaient
entre les fils invisibles du passé et les imprévisibles
moments de la vie.
Boozaba
Zoo Descarga
Les dieux étaient avec les « monstres » pour les
protéger et leur permettre de revivre des gloires passées.
Après l’intense émotion vécue aux arènes
de Vic Fezensac avec Big-Cachao pendant le onzième Tempo Latino,
l’adrénaline était redescendue à son niveau
normal, à sa position de repos…

Vendredi 10
septembre 2004, 20 heures
Le Park, entouré des « écuries à fêtards
», ces Casetas colorées de rouges divers, foulards des
aficionados al toro con sangría en la cabeza y sangre de toro
en las venas. On se désaltère, on grignote, et les œufs
du Jurassique Dax explosaient pour ouvrir les chemins –Elegguá,
Elegguá. La température grimpait comme la fièvre
des tropiques indomptables, menés à la baguette par Jimmy
Sabater, José Mangual Jr et le pianiste Hirám de Jesús,
Son Boricua démarre avec le mélodieux "Volare"
qui retentit avec sobriété et couleur dans les cieux dacquois.
Jimmy nous offrait un répertoire digne de ses 300 millions d’années
de carrière. Avec « Campanero », José Mangual
Jr. sortira pour les annales un superbe solo de campana et une voix
limpide de vrai Sonero, talent inné de «Brontoricuanosaurio».
Là, j’ai compris que les dieux étaient là
pour faire renaître les dinosaures et réveiller les monstruosités
passées mais jamais oubliées.
Venus d’Ailleurs
Mais «l’arrivage» de monstres ne faisait
que commencer, l’ADN s’était répandue dans
le Park et des personnages sorties de la nuit du temps apparaissent
derrière chaque arbre. Nous, pauvres mortels, fragilisés
et déjà fatigués par le stress de « notre
petite vie moderne », nous étions là, bouche bée,
en remerciant la vie qui nous donnait ces moments d’émotion
sans égal et sans prix. Guayacán de Buscasalsa.com et
sa pertinence, Dejavu de Salsafuriosa et sa discrétion, Octavio
de Salsarumba et ses moustaches légendaires, El Cuco de la Salsa
y su tumbao, Roberto de Radio Latina et son éternel sourire,
Enrique de Radio France International et ses barbes argentées
de sagesse, Yannis le Porto-parigaud de Libé, Benoît et
Etienne les mordus, les enragés de Salsa Dura, et tous les autres
amoureux de cette salsa pleine de générosité et
d’émotion, qui nous fait défaut pendant les longues
nuits d’hiver…On était comme des minots devant Papa
Noël, sublimés par la générosité qui
se dégageait Del Parque Jurásico de Dax y sus Monstruos
Sagrados.
Generoso
que bueno toca usted…

Malgré l’absence de “Los Generales de la Salsa”,
de la tonique musique vénézuélienne, et en dépit
de ne pas savourer las moñas de César «Albóndiga»
Monge au trombone et le timbre de Wladimir Lozano, «Los Generales»
furent remplacés par la Générosité Général
de colombiens de « La Colombia All Stars » –anciens
musiciens du Grupo Niche y de l’Orquesta Guayacán venus
de Madrid pour assurer la place des damnés d’Iván
le Terrible, l’ouragan maudit des Caraïbes.
Du coup j’ai vu arrivé un troupeau de «Ricanosaurios»
encadrés par l’élégant Angel «Cachete»
Maldonado, Eric Figueroa, «Guagua» Rivera, Anthony Carrillo,
Endel Dueño, Giovanni Hidalgo, et arrête toi ! Putaing
de C ! Chacun est une légende vivante, chacun avait le sourire,
l’envie, le besoin de revivre des moments que uniquement l’art
est capable de proposer dans son rôle de célébrant
du monde, pour rendre hommage à l’amour, au droit de respirer
l’air et de caresser une fleur… Mes poils se dressaient
vers les nuages passagers quand Batacumbele envahit le Park et lâchait
ses bêtes sorties de je ne sais quelle galaxie. Giovanni «Mañengue»
Hidalgo, El Rey de las Congas, répondait aux caresses d’Eric
Figueroa au piano ; la Polritmia Afroantillana montait au zénith
du paroxysme et l’état de grâce divine tombait sur
Dax… Le public « scotché » se délectait
avec les délices mélodiques et les harmonies qui jaillissaient
de la scène et le déhanchement venait tout seul, pas besoin
de compter, de compas, de normes… Du coup la musique se libérait
des étiquettes réductrices, se détachaient des
appellations et des surnoms, ce n’était plus de La Salsa,
ni du Latin-Jazz, pas d’Afro Sais-Pas ni de Sais-Pas Quoi. On
écoutait simplement de La Musique jouée pour se faire
plaisir et partager avec le public qui répondait aux appels de
ces Messieurs, si grands, si doués, si simples, si généreux.
Tout Simplement….
Otro Gran
Día en el Parque
Samedi 11 Septembre
Les émotions s’entassaient sans cesse, des musiciens disponibles
et aimables, les conférences de presse et les interviews au majestueux
Hôtel Splendid , étaient un plaisir, comme les rencontres
au restaurant du «personnel», le Loustalot, où Francine
nous régalait avec potage en entrée et répartie
sans gêne à toute heure. Un oasis où se développaient
chaque jour les rigolades, les accolades, les liens et les rencontres
entre l’équipe organisatrice, la presse, les artistes,
les invités et toute la famille de la Salsa à la sauce
dacquoise.
Una Noche
en el Barrio
L’ivresse ne nous quittait pas, on était grièvement
atteints, très malades, piqués par le virus de la salsa
jusqu’à la moelle… Le soir après une demie
sieste, quelques bières et demie et une paella entière,
nous rentrons au Park du Jurassien Supérieur avec la bonne fatigue
des bons jours, avec les intentions de recommencer le rituel et de savourer
notre séjour avec les cernes fanés, mais avec le sourire
radieux. Les minots des «Adolescents», venus à la
rescousse sauver la première partie font de leur mieux, mais
la barre avait été placée haut, très haut
par les aînés et les maîtres. Sabater et Mangual
remettent les pendules à l’heure, avant de se joindre à
Los Soneros del Barrio, menés par Ricky González au piano
et par le puissant chanteur Frankie Vasquez, el Sonerito del Alma. Encore
une fois la buena salsa, saborsa y consistente remplit les âmes
avides et otra noche más termina con los corazones inflados de
felicidad y tranquilidad. Frankie Vasquez confirme une fois de plus
son statut de grand Sonero et nous offre le meilleur de son répertoire
: «Hay Craneo», «Trucutú», «Con
los pobres», «Mango, piña y marañón»,
etc.
Todo tiene
su final
Dimanche 12 Septembre, 11 h 00
Pilote automatique, radar anti-poteaux, lunettes de soleil… Je
profite pour faire une balade aux alentours et prendre un bol d’air,
avant la clôture. Déjeuner, sieste, douche, rencontres,
photos, re-sieste, re-douche…
Dimanche 12 Septembre, 17 h 30
Avec Octavio nous allons à la corrida du jour, un mano à
mano entre deux grandes figures de la tauromachie. Les arènes
superbes, les dacquoises en habit du dimanche ne déméritaient
pas, le soleil était présent, las cuadrillas de los matadores
prêtes pour la faena, mais les taureaux accusaient des faiblesses
qui ne pardonnent pas, et la fiesta brava tourne en compote, insipide
et sans peps… Pitos, Insultos y Caras Largas.
Del Yarey
Pal’ Mundo Entero !
Dimanche 12 septembre, 19 h 30
En sortant des arènes El Septeto Santiaguero démarrait
sa prestation avec la prestance des musiciens de cette région
légendaire, berceau du Changüi et du Son, terre de trovadores
et de métissages séculaires. La musique cubaine était
présente avec toute sa tradition et toute la beauté de
ses compositions, celles qui ont marqué et influencé hommes,
tendances et styles. Un retour aux sources pour ne pas oublier que Santiago,
Guantánamo, Báyamo, Baracoa, etc, font partie des endroits
magiques, ces lieux mythiques où la musique décide un
jour de souffler ses caprices pour célébrer la Vie. Gracias
Orientales !
Dimanche 12 septembre, 21 h 30
Après la pause et le changement du plateau, c’est presque
l’heure de dire au revoir Dax, salut les gars, à l’année
prochaine, merci beaucoup, rentrez bien… Mais avant de refaire
les valises et de compter les heures qui nous manquent pour retrouver
nos quartiers et nos habitudes quotidiennes, un dernier rendez vous
avec le Sublime nous attendait… Et cette cerise sur le gâteau
n’était pas des moindres, une fois de plus et dans un registre
plus « salsero » –si je peux me permettre, Batacumbele
nous offre un concert exceptionnel, sortie des tripes et du cœur
de chacun des ses membres, désireux de remercier l’accueil
et la générosité de François Charpentier
et son équipe, et de saluer un public venu nombreux et réceptif
à se « gaver » de bonne musique et à communier
avec le langage universel que véhicule l’Art, et dans notre
cas, la Música Afro-antillana.

Batacumbele
Lundi 13 septembre,
Midi 38
J’embarquait dans le TGV qui m’amène de Dax à
Bordeaux, avant d’embarqué définitivement pour la
Canebière, j’étais comblé, nourri, gonflé
à bloc, fier, content, la fatigue des nuits blanches, bières
rousses et rhums ambrés, disparaissait comme par magie, j’écoutais
avec un sourire d’oreille à oreille, les disques que le
Maestro José Mangual Jr m’avait offert pour mes émissions
de radio, je faisais de même avec les disques offerts gracieusement
par Manny Soba, le manager de Soneros del Barrio. Je suis content de
«ma famille» de «ma musique», de ma passion,
d’être ensorcelé, captivé, séduit par
la richesse de la Polyrythmie et ses Syncopes : El Corazón De
Nuestra Sabrosura. Tic, Tac, Tic, Tac…
Gracias Dax pour cette inoubliable
et jurassienne session 2004.
Ernesto Concha
Marseille, 15.09.2004
info@salsapaca.com
Toros
y Salsa 2005